Le Blog de Belinda

ROMAN LES TROIS MONDES - LE LABYRINTHE DES GLACES

19 décembre 2008

Chapitre 3 - Partie 2

Avant qu’elle ne regagne sa chambre, le sorcier l'invita à partager son repas du soir avec l’ensemble de ses élèves. Elle accepta avec plaisir. Brissa avait préparé un bain dans une petite pièce adjacente à sa chambre. Peu habituée à avoir une personne à son service, elle se sentait un peu mal à l’aise. Vers dix neuf heures, l’envie de se rendre à la bibliothèque l’incita à se lancer à l’aventure dans le dédale de corridors du château. Mais, se repérer dans la bâtisse fut un peu fastidieux, elle tourna en rond dix minutes avant de se retrouver finalement devant la porte de la grande salle au-dessus de la galerie. Elle pénétra à l’intérieur, la pièce était vide.

Un gigantesque livre de deux mètres de hauteur attira son attention, immédiatement. Posé sur le sol dans un coin près d’une fenêtre, elle s’en approcha puis, attirée par le contenu, elle commença à le feuilleter en se tenant debout pour rabattre les pages, écrites dans une langue inconnue. Une grande carte dessinée sur deux pages apparut ; sa curiosité aiguisée, elle s’assit en tailleur directement sur le livre. Puis, elle glissa, toujours en position assise, d’un endroit à l’autre au fur et à mesure qu’elle consultait la carte.

Tout d’abord, elle remarqua que le monde des mers séparait celui des terres et des glaces. Les Trois Mondes avaient l’apparence d’une petite planète découpée en trois parties. Le monde des Terres était le monde le plus détaillé. Le château Sin-liesec y figurait au centre, des volcans bordaient le sud à proximité du monde des mers, tandis qu’au nord, le territoire des Abysses semblait être un territoire assez vaste. Seuls quelques noms étaient inscrits sur la représentation du monde des mers et des glaces. Mais Tarken apparut.

- Ybagus m'envoie vous chercher, il n'était pas sûr que vous sachiez refaire le chemin inverse.

Elle regarda sa montre avec surprise. Les heures avaient défilées à toute allure.

- Merci, Tarken. Je n'ai pas vu le temps passer. Comment saviez-vous que j’étais à la bibliothèque ?

Elle se tut en secouant la tête.

- Non, ne répondez pas, j’ai tendance à oublier où je suis.

Il sourit légèrement et elle lui emboita le pas.

- Cette carte est fascinante mais il y a peu de choses sur le monde des mers et des glaces

- Effectivement. En fait Ybagus possède une carte très détaillée. Il ne tardera pas à vous la montrer si cela vous intéresse…

Les mots restèrent suspendus dans l’air. Cynthia comprit qu’il savait parfaitement qu’elle ne souhaitait  rester qu’une semaine. Ils reprirent un escalier en colimaçon, empruntèrent un couloir et un autre…Cynthia essayait d'enregistrer mentalement les coins et recoins de cette bâtisse.

Elle reconnut le hall principal puis la porte qui donnait sur la salle à manger. Tarken s'effaça pour la laisser passer. Ybagus présidait la table occupée par une vingtaine d’élèves. Cinq élèves ressemblaient à Tarken, en plus jeune ; sinon, la majorité avait une apparence humaine. Le sorcier se leva et l’invita à s'asseoir à sa droite. Les frimousses âgées entre dix et quinze ans la regardèrent avec curiosité.

- Je vous présente Cynthia, notre invitée.

Elle sourit à la vingtaine de paire d’yeux qui la dévisageait.

- Vous êtes une Siben, n'est-ce pas ? questionna  un garçon avec des tâches de rousseur.

- Euh, oui. Je suis une Siben.

- Maître Ybagus nous raconte certaines histoires de votre univers.

Au château, visiblement, les habitants connaissaient l’existence de la Terre.

- Ah bon ! fit elle surprise. Lesquelles ?

- Il nous a parlé des dinosaures qui ont disparu suite à un changement climatique.

- Vous avez aimé ce sujet ?

Toute la tablée hocha vigoureusement la tête.

- Ils avaient l'air effrayant, s'exclama une petite voix.

- Oui, je suis bien contente qu'ils n'existent plus, plaisanta-t-elle.

La porte s'ouvrit et la jeune fille se tut stupéfaite : Brissa précédait un cortège de plateaux soutenus uniquement par de grosses mains revêtues d'un gant bleu. Elles se déplaçaient en frôlant le sol. Des plats, posés sur des doigts énormes,  oscillaient dans un mouvement de balancier prononcé. Elle en perdit la parole, hypnotisée par cette scène. Une main gantée l’effleura lorsqu'elle posa un plat sur la table. Hébétée, elle vit un index donner une légère tape sur le crâne de Mist qui avait lancé une plaisanterie sur son bol de soupe.

Ybagus réprima un sourire devant le visage interloqué de Cynthia. Ce cortège quitta la salle et elle fixa la porte quelques secondes, puis plongea ses yeux dans ceux du sorcier, animés d'une petite lueur pétillante.

-       Mange ton potage avant qu'il ne refroidisse, dit-il tranquillement.

Elle ne put qu'opiner du chef encore abasourdie.

Le repas fut délicieux, certains aliments avaient un goût inconnu mais elle préféra s'abstenir, et ne pas interroger ses hôtes sur leur composition. Elle écouta les sujets de conversations.

- La potion du sommeil, a-t-elle fonctionné ? demanda-t-elle à Tarken

- Le galc a dormi deux situs. Okley a réussi sa potion.

Celui-ci se redressa sur sa chaise, satisfait. Cynthia dans un geste impulsif leva le pouce à son attention en signe de victoire. Ils la dévisagèrent tout d’abord étonnés, puis intrigués, ils examinèrent leur pouce avant de le lever avec une petite hésitation afin d'imiter son geste.  Elle éclata de rire. Cette semaine serait amusante.

- Ce geste veut dire félicitations , expliqua-t-elle.

Ravis, ils s'amusèrent à l'imiter durant  tout le reste du repas pour le moindre prétexte.

- Je suis allée à la bibliothèque et j'ai pu consulter ce gigantesque livre.  D'après une carte, le monde des mers sépare celui des terres et des glaces.

- Oui, c'est tout à fait cela, rétorqua Ybagus

- Donc, les Alcans peuvent vivre dans le monde des glaces ?

- En dépit de températures polaires, il est possible d'y vivre.

Les yeux de la jeune fille brillèrent d'excitation

- Mais alors, le peuple de Nellibus vit sous les mers.

- Oui.

- Mais ou ?

- Il y a trois lieux habités. A la vérité, ce sont de grandes stations marines  faites en verre et en acier. Ils se déplacent en utilisant des vaisseaux marins.

- Incroyable, je souhaite pouvoir le voir un jour.

Tarken fixa Ybagus qui pencha la tête sur le côté,

- Qui sait ? Ton vœu s'exaucera peut-être.

L’adolescente soutint son regard, ne sachant si elle devait se réjouir ou finalement appréhender cette possibilité. Non, elle ne restait qu’une semaine, elle avait sa vie et ses amis.

- Et pour ce qui est du monde des glaces, j’ai également vu le nom d’un royaume…Al…Al...je ne m’en souviens plus.

- Le royaume d’Alcabirgh…je t’en parlerai plus en détails…mais finis ton repas.

Le diner se termina plus tard dans une ambiance sympathique et elle passa sa deuxième nuit au château.

Le lendemain, elle rejoignit les élèves dans le laboratoire et participa à l'élaboration d'une poudre paralysante ;  bien sûr, une fois prête, ils la testèrent sur un galc. Trois jours s'écoulèrent, l'emploi du temps de Cynthia était calqué sur les élèves d'Ybagus. Un matin, elle se rendit au laboratoire le pas alerte car elle adorait manipuler les fioles et les poudres afin de créer des mélanges de toutes sortes. Ce jour là, elle put se rendre compte que Mist et Bormy étaient particulièrement turbulents, très doués mais plus agités que la majorité des élèves.

Tarken avait fait preuve d’une patience exemplaire, en supportant leurs incessantes pitreries. Le goulpy décida d'emmener la classe à la bibliothèque. Le groupe traversa la cour pour emprunter la galerie. Arrivé au centre de cette dernière,  les deux jeunes prodiges lancèrent une pluie d'étoiles étincelantes  qui les encercla puis s'éleva au-dessus de leurs têtes. Un déluge de petites boules jaunes jaillit dans un sifflement et s'écrasa dans une explosion sur leurs visages, leurs vêtements, le sol. Tarken poussa un rugissement de colère, couvrant les cris stridents.

En quelques secondes, ils pataugèrent  dans une boue jaunâtre et visqueuse tout en  essayant de se protéger contre la centaine de boules qui fusaient  de part et d'autre au-dessus de leurs têtes. Cheveux et habits furent rapidement  trempés et collants. Cynthia échappa de justesse à une sphère qui atterit à ses pieds. Elle leva le visage et assista à  une attaque simultanée de deux boules à l'encontre de Tarken ; deux tâches  étalées comme des œufs sur le plat l'aveuglèrent. Le grotesque de la situation lui sauta au visage bien qu’à cet instant, elle était prête à étrangler les responsables.

- Qu'est-ce qui se passe ? s’éleva une voix grave qui se répercuta  en écho dans tout le village.

Ybagus claqua des doigts  et  les boules se figèrent pour dégouliner lentement sur le sol, puis la nappe d'étoiles disparut.

Les cris s'éteignirent complètement. Tous étaient  dans un piteux état, recouverts de cette matière gluante. Tarken s'essuyait lentement les yeux du bout des doigts avec une mine dégoutée.

- Qui est le coupable ? demanda Ybagus les sourcils froncés.

Mist et Bormy, aussi pitoyables que leurs amis, se firent tout petit sous les yeux du sorcier. La blague avait dérapé. Jamais, il n'aurait du y avoir autant de boules, et encore moins remplies de cette matière visqueuse. Et puis, Ybagus, ne devait-il pas s'absenter cet après-midi pour se rendre au village ?

- Ouille, pensa Mist en grimaçant. La punition allait être sévère.

Bormy dansait sur ses deux pieds, mal à l'aise.

Aucune chance d'échapper à leur semonce, d'autant plus que le sorcier connaissait certainement les coupables. Le visage penaud, Mist fit un pas en avant suivi de son fidèle compère.

Néanmoins, une petite boule se forma dans sa gorge sous le regard perçant d'Ybagus.

- Tu es fier de ce spectacle, Mist ?

- Bon sang,  pensa  ce dernier,  tout bien considéré, c'était quand même une sacrée poudre d'étoile. D'enfer, même ! Il avait tout simplement fait  une petite erreur de manipulation.

Les yeux baissés, il secoua la tête.

- Tu disais ? demanda Ybagus d'une voix autoritaire.

- Non, répondit-il dans un murmure affichant un air contrit démenti par une petite lueur de fierté dans ses prunelles baissées

Ybagus n'en croyait rien, bien sûr. Quel futé ce petit Mist ! Il promettait en tant que magicien, dans la lignée de Tarken, mais il était incontrôlable parfois ; alors, il fallait brider ce petit monstre d'ingéniosité au risque de vivre  dans l'anarchie. Il méritait une punition !

- Tu te chargeras de laver les vêtements de tes camarades, commença-t-il.

La voix s'amplifiait au fur et à mesure que les mots sortaient de sa bouche.

- Tu seras consigné dans mon bureau sous ma surveillance, jusqu'à nouvel ordre ; et, si tu recommences une telle expérience, continua-t-il d'une voix forte et caverneuse, tu t'exposeras à ma colère de sorcier !

Le ton crescendo d’Ybagus jaillissait de sa poitrine, les paroles se répercutaient en écho dans toute la cour. Soudain,  le ciel s'obscurcit, nappé de nuages menaçants, préludes à un orage digne de la fureur d'Ybagus. Cynthia sentit le sol trembler de plus en plus fort, et, médusée, assista  à un phénomène d'une puissance incroyable. Dans un vacarme tonitruant qui couvrait maintenant la voix d'outre-tombe du sorcier, le château se mit à vibrer dans une atmosphère lourde chargée d'électricité,  puis se souleva dans un tonnerre de secousses d’une cinquantaine de centimètres. Les fenêtres et les portes tremblaient, prêtes à exploser en mille morceaux. L’ensemble de la classe restait tétanisée. Un courant d'air d'une exceptionnelle intensité fit tourbillonner la poussière et les  gravillons environnants. Des éclairs déchirèrent le ciel complètement noir.

Et, Cynthia n’en menait pas large dans cette cacophonie incroyable, sous cet orage menaçant et ce vent qui commençait à les déséquilibrer. La fin du monde !

Quelques secondes plus tard, dans un silence total, reposait le château parfaitement  à sa place et sans la moindre vitre brisée, sous un soleil brillant. Une légère brise balayait la cour, Ybagus baissa les yeux et demanda avec nonchalance :

- Me suis-je bien fait comprendre ?

Mist, les yeux encore écarquillés et la bouche grande ouverte, ne put que secouer la tête avec énergie.

- Allez vous changer, ordonna Ybagus.

Cynthia suivit les élèves qui se dirigèrent vers l'entrée principale, une substance visqueuse dégoulinait de leur chevelure tandis que les semelles de leurs chaussures émettaient des bruits bizarres.

Plus tard, dans son bureau, Ybagus se dirigea vers un tableau accroché au dessus d'un meuble ancien finement sculpté, leva la main  et fit un long  mouvement circulaire.  La toile s'anima et se transforma en un liquide bouillonnant d'une couleur argenté  avant de s'éclaircir complètement.  Mist apparut dans le laboratoire en compagnie des autres élèves, et Ybagus put observer les mélanges qu'il avait inventés  à l'insu de Tarken, quelques heures plus tôt. 

Songeur, les lèvres du magicien s'étirèrent en un petit sourire lorsque le tableau reprit sa forme initiale. Il revint vers son bureau, s'assit en saisissant une plume puis nota différentes formules dans un libre épais aux pages jaunies.

Au repas, il ignora les commentaires des élèves qui se remémoraient les évènements de  la journée. Au grand désespoir de Tarken, Mist était devenu un héros ; de plus, même la jeune Siben eut toutes les peines du monde à étouffer un fou rire en repensant au visage du jeune goulpy, les yeux barbouillés de tâches jaunes.

Quatre jours plus tard, Tarken pénétra dans le bureau d'Ybagus,  les élèves s'étaient retirés dans leurs chambres.

- Demain, tu conduiras Cynthia à la clairière de Mong, fit Ybagus en se dirigeant vers une fenêtre dont la vue embrassait tout le village.

- Demain ? interrogea-t-il d'un ton hésitant.

Ybagus hocha la tête.

- Malheureusement le temps nous est compté et je lui ai donné ma parole.

- La clairière de Mong…Maître Ybagus, c’est une Siben, elle n’a aucun pouvoir, aucune expérience des Trois Mondes…

- Je sais Tarken, coupa-t-il fermement. Elle est courageuse et s’en sortira…il lui faudra affronter des épreuves, nous n’avons pas le choix.

- Elle refusera peut-être de rester.

Ybagus resta silencieux, songeur.

-       Amène-la à la clairière de Mong, Tarken.

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12 décembre 2008

Chapitre 3 - Partie 1

Ybagus se leva et proposa d'une voix claire : 

Allons visiter mon laboratoire, cela te permettra de rencontrer certains de mes élèves. 

Cynthia le suivit. 

- Je n’ai pas eu l’honneur d’assister à un autre tour de magie, à part votre façon d’ouvrir les portes, Maître Ybagus. 

Declum fit un bruit qui s’apparenta à un rire. Ybagus était le sorcier le plus puissant des Trois Mondes ; aucun habitant de cet univers ne le comparait à un simple magicien. 

-   Ai –je dit quelque chose de bizarre ? 

Elle jeta un coup d’œil à Declum qui se dirigeait vers la porte ; mais, avant que ce dernier ne puisse répondre, le sorcier rétorqua : 

-   Ne sois pas impatiente jeune Siben, le château va te réserver certaines surprises.

- Très bien. Mais, au fait, que veut dire Siben ? 

-  Siben est un terme respectueux pour désigner un étranger des Trois Mondes. 

-   Alors les habitants des Trois Mondes connaissent l’existence de la Terre 

Ybagus pivota lentement. 

-       Non, peu de personnes connaissent ton monde. Allons-y, tu auras le temps de poser toutes les questions qui te préoccupent

Ils empruntèrent les escaliers en colimaçon. Arrivés au rez de chaussée de la tour, Ybagus poussa une petite porte qui s’ouvrit sur la cour. A l'extérieur, Cynthia observa les lieux en silence, le bâtiment imposant avait du caractère avec sa galerie aux arcades voutées. 

Ybagus regagna l’autre aile et franchit le seuil d'une porte-fenêtre. Ils traversèrent une grande salle remplie de tables accolées les unes aux autres formant un grand carré. Une quantité de livres débordait d'étagères alignées contre les murs. Il poussa une autre porte. puis emprunta un escalier qui menait au premier étage de cette partie du château. Ils pénétrèrent dans une salle spacieuse. On entendait un brouhaha de voix. Quatre personnes discutaient vivement. Trois d’entre eux n’avaient pas plus d’une douzaine d'années. Puis, Cynthia remarqua un personnage au physique différent et étonnant, avec de grandes oreilles, une peau couleur olive, un bonnet de laine dont des mèches raides d’une couleur corbeau s’échappaient. Le petit groupe se figea un court instant puis Tarken sentit le regard de la jeune Siben le détailler lentement. 

- Cynthia, je te présente quatre de mes élèves : Okley, Mist, Bormy et Tarken 

Ils hochèrent la tête poliment.

- Bonjour, répondit-elle,  

Puis à l'attention d’Ybagus, elle lança : 

-       Ce sont des humains ? 

Le plus petit, Mist, eut un rire qu’il essaya d’étouffer. 

- Tarken est un goulpy ! Okley, Mist et Bormy sont tout ce qu’il y a de plus humain. 

Elle l'examina à nouveau et dit à voix basse :

- Ce n’est pas un animal comme Declum. 

Mist éclata de rire. Cynthia rougit, confuse. Ybagus vint à son secours. 

- En  fait, les goulpys sont des animaux ou des êtres, tel Tarken avec sa particularité physique, qui possèdent des pouvoirs. Tu remarqueras que la peau de ses mains est plus épaisse que celle de son visage. Cette différence lui permet, entre autre, de grimper à main nue et d'escalader des hauteurs impressionnantes.

- Etonnant, dit-elle avec un petit sourire. Donc, les Trois Mondes sont un mélange d'humains, de sorciers et de goulpys.

- Oui, humains et goulpys vivent côte à côte dans les Trois Mondes, les sorciers vivent en communauté sur la terre des Abysses, un territoire qui se trouve à l’extrême nord du monde des terres. 

- Vous avez quitté cette terre, s’enquit-elle, curieuse à présent sur ce monde surprenant. 

- Oui, il y a fort longtemps. 

Il n’en dit pas plus. Cynthia n'insista pas. 

- Vos élèves ? Sont-ils des sorciers ? 

- Pas encore, ce sont des humains qui ont développé un don pour la magie comme certains développent un don pour la musique ou la peinture. Après leur apprentissage, les meilleurs peuvent choisir de partir dans les Abysses pour compléter leur formation et devenir sorcier. Certains resteront simplement des mages, c’est leur choix. Tarken a été nommé mage récemment, précisa-t-il.

-  Félicitations, dit-elle à son attention. Si seulement je pouvais faire quelques tours de magie.

Amusé, Ybagus lui fit face 

- Que ferais-tu ? 

- Déjà, quelques tours de magie m’aideraient bien en mathématiques, ensuite j’aurais pu lancer un sort à Marine-langue-de-vipère… 

Tarken réprima un sourire, elle semblait différente, plus du tout effrayée. 

- La magie est un apprentissage, Cynthia, qui nécessite une certaine maitrise, mais viens que je te présente Tarken. Vous autres, élaborez-moi la potion du sommeil. 

Cynthia haussa un sourcil. Tarken s'approcha, il avait la silhouette d'un adolescent sec et nerveux. 

- Je vois que vous vous êtes remise. 

- Oui, merci, dit-elle en essayant de ne pas le dévisager avec trop d'attention. Votre physique est différent 

- Mes parents étaient des goulpys Sinellien. 

Il lut l'incompréhension dans son regard. 

- Les Sinelliens sont les habitants du monde des terres, les Nellibus du monde des mers et les Alcans du monde des glaces. 

Elle avait remarqué qu’il avait employé le passé sur ses origines, alors elle n’insista pas au risque de commettre un impair. 

- Intéressant, vous vivez au château et, vous voilà mage dorénavant. Ensuite, que ferez-vous ? 

- Je choisirai certainement de compléter ma formation mais plus tard... 

Il passa sous silence les raisons de ce choix. 

Sa voix était agréable, posée. Son physique était pour le moins surprenant avec ses mains à la peau épaisse, et ce visage dont la couleur olive accentuait les reflets jaunes et verts qui étincelaient dans ses prunelles. Mais, son aspect ne la rebutait pas. 

- Nous sommes dans le laboratoire du château ? 

- Oui, nous effectuons nos expériences dans cet endroit. 

Effectivement, Cynthia remarqua une quantité de bouteilles contenant des liquides de la plus jolie couleur rose à la moins esthétique, avec une nuance verdâtre

- Voulez-vous assister à la création d'une potion ? 

Cynthia acquiesça avec enthousiasme. Satisfait, Ybagus, qui s'était éloigné durant leur échange, les observait du coin de l'oeil tout en surveillant les travaux de ses jeunes prodiges. L'année dernière, le turbulent Mist avait procédé à un mélange qu'il avait goûté malgré son interdiction, le gamin s’était réveillé au bout d’une semaine. Durant une autre expérience, d'énormes bulles s'étaient échappées de la bouche de Bormy pendant une journée complète, menaçant d'inonder le laboratoire ; si bien, qu'Ybagus lui avait ordonné de rester dans la cour afin de vider son trop plein d'énergie. 

Cynthia s'approcha d’une table en compagnie de Tarken et demanda : 

- En quelque sorte, c’est une école ? Combien d’élèves y-a-t-il ? 

- Une vingtaine, ce sont les plus doués, ceux qui présentent des pouvoirs très puissants pour leur âge.

- Et pour les autres ? 

- Ils assistent à des cours dans différentes écoles tenues par des professeurs qui ont quelques notions de magie. Nous repérons très vite les plus doués et ils sont envoyés au château. 

Okley avait pris un bocal rempli de feuilles bleues. 

- J'ai vu des arbres avec ce même genre de feuilles, s’exclama-t-elle. Alors, elles existent bien... 

Elle contemplait le récipient le visage étonné. 

- Oui, répliqua Tarken, elles viennent de la forêt de Peplette. C'est une des plus anciennes forêts du monde des terres. Elles poussent sur des arbres appelés chedus. 

- Le nom  de cette forêt est charmant, fit-elle avec un petit sourire. 

Le regard de Tarken pétilla. 

- Cette forêt est un trésor pour nos potions. 

Okley avait placé les feuilles dans un autre bocal qui émit un bourdonnement sourd.

- Comment fonctionne cet appareil, interrogea-t-elle en cherchant du regard une quelconque prise électrique. 

- Okley a cette particularité, il émet des ondes électriques. 

- Comment ? 

- C'est un pouvoir qu'il utilise par télépathie 

- C'est impossible, protesta-t-elle 

- Tu es dans les Trois Mondes, Cynthia, rappela Ybagus revenu à leur hauteur. Tout est possible, la magie fait appel à des énergies puissantes. 

- Quels sont vos pouvoirs, Maitre Ybagus ? 

Mist eut un petit rire et parla dans une langue que Cynthia ne put identifier. Tarken hocha la tête. 

- Quelle est cette langue ?

- Le Sinellien mais nous connaissons parfaitement plusieurs de vos langues, répondit le goulpy. 

Il passa sous silence qu'il leur fallait nettement moins de temps grâce  à quelques tours de magie. 

- Que vous a dit Mist ?

- Il a trouvé votre question amusante car Ybagus est un très grand sorcier et ses pouvoirs sont immenses, il serait trop long de tous les énumérer. 

Okley récupérait les feuilles hachées. Il prit un tube en verre, préleva une cuillerée d’un produit pâteux, et mélangea le tout. La substance se transforma en un liquide transparent sous les yeux ébahis de l’adolescente. 

- Voilà, fit Okley. 

- C'est une potion du sommeil, questionna la jeune fille plutôt sceptique. 

Le jeune garçon hocha la tête. 

- La pâte est obtenue à partir d’autres plantes de la forêt de Peplette, ensuite il est important d’effectuer les bons mélanges et de prélever les bonnes proportions, expliqua Tarken. 

Il saisit le bol et le tendit à Cynthia.

- C'est un véritable apprentissage. 

- J'ai l'impression d'assister à un cours de chimie, lâcha-t-elle en examinant le contenu. Comment savez-vous si ce n'est pas dangereux ? Après tout ce ne sont que des élèves. 

- Nous avons nos tests, expliqua Tarken avec un regard oblique en direction de Mist qui affichait une mine faussement contrite au souvenir de sa dernière expérience. 

Tarken se dirigea  vers un comptoir sous une fenêtre. Ybagus les suivait en silence, laissant le soin à son jeune élève de répondre aux questions de leur invitée. Le contact entre les jeunes gens était excellent, la jeune Siben semblait occulter le physique peu commun de Tarken et parlait avec un naturel rafraichissant. D'ailleurs, ce dernier ne put résister à la  tentation d'apporter une petite touche d'humour. 

- Oui, toutes les potions doivent être testées même si nos élèves n'en font parfois qu'à leur tête, confirma Ybagus.

Tout à coup, Cynthia vit Tarken lever l'index,  suivre une ligne imaginaire sur une trentaine de centimètres ; et, une baguette scintillante apparut au fur et à mesure de son tracé. La jeune fille ouvrit la bouche hébétée. 

- C'est une baguette magique, s'exclama-t-elle enfin. Comme dans Cendrillon... 

- Une connaissance de votre part, demanda Tarken intrigué subitement. 

Cynthia eut un petit rire. 

- Non c'est un livre, un conte plus exactement. 

Il hocha la tête. 

Mist et Bormy réprimèrent un éclat de rire dans un raclement de gorge. Ybagus eut une lueur indulgente pour son élève qui  pinçait les lèvres afin de conserver son sérieux devant la stupeur et la candeur de la Siben. 

Tarken la tendit à Cynthia 

- Tenez, prenez-la. 

Elle hésita légèrement puis attrapa la baguette blanche étincelante dans un silence religieux, sans la quitter du regard. 

- Est-ce que je pourrais l'utiliser ? Apprenez-moi un tour. 

Ybagus eut un petit soupir et se lança au secours de la jeune fille. Il posa ses deux index à chaque extrémité de la baguette et la fit disparaitre peu à peu. 

- Tarken a beaucoup d'humour mais cela fait des siècles que nous n'utilisons plus ce genre d'instrument. 

Cynthia rencontra le regard espiègle du goulpy. 

- J'avoue que je n'ai pas pu résister, je connais votre fascination sur terre en ce qui concerne les baguettes magiques. 

Elle éclata de rire. Tarken s’avérait de plus en plus sympathique avec son visage sérieux et cette facette de sa personnalité teintée d'humour. 

Il leva la main et effectua un mouvement en forme de S, une créature apparut dans un éclair, immobile et le regard fixe. Cynthia sursauta : ce n’était ni plus ni moins qu'une miniature à l’image de Tarken. 

- Ne vous en faites pas, nous ne testons pas nos expériences sur les élèves, ce sont des Galcs. 

- Surprenant, s’exclama Cynthia. On dirait des petits robots. 

Tarken le fit boire et sa tête dodelina avant de s'affaisser, les yeux clos. Il souleva un bras qui retomba inerte le long de son corps. 

- Très bien. Combien de temps doit-il dormir Okley ? 

- Deux situs.

Cynthia haussa les sourcils. 

- Cela correspond à une heure et demie, expliqua Ybagus, le regard fixé sur un cadre suspendu à côté de la fenêtre. Nous utilisons cet instrument pour déterminer le temps de nos expériences mais, rassure-toi, nous connaissons les horloges également. 

Quatre flèches d'une dizaine de centimètres s'élançaient vers chaque angle. Sur un fond blanc, des lignes de pointillés noirs formaient des carrés et couvraient tout l'espace du cadre. A cet instant, elle ne comprenait pas exactement comment cet objet leur indiquait le temps écoulé, quand elle remarqua que les pointillés disparaissaient les uns après les autres à la même cadence, entraînant la diminution des flèches. Donc, une fois le cadre complètement blanc, les deux situs seraient terminés. Fascinant ! Et portait-il ce genre de chose au poignet ? Elle renonça à poser la question.

Plus tard, elle continua sa visite du château en compagnie d'Ybagus. Tarken resta au laboratoire afin de surveiller les apprentis prodiges. 

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08 novembre 2008

Chapitre 2 - Partie 1

Cynthia gisait sur un tapis de verdure, son corps pesait si lourd. Elle luttait pour reprendre ses esprits, mais les brumes de son cerveau se dissipaient lentement. Une de ses mains palpa avec précaution ses côtes. Rien de casser.

Mais que s'était-il passé exactement ?

La grotte lui revint en mémoire puis... le néant. Ses yeux clignèrent plusieurs fois avant de s’ouvrir à moitié. Un flash traversa son esprit : une fleur aux pétales bleus et ses amis. Elle se figea et  se redressa en sursaut. Sa tête, qui semblait avoir doublé de volume, lui arracha un gémissement de douleur. Elle se força à ouvrir les yeux en grand et tressaillit violemment : elle n'était plus dans la grotte ! Son visage pivota de gauche à droite et de droite à gauche. Seule ! Elle était seule !

- Romain… Claire, Benjamin, appela-t-elle d'une voix enrouée.

Aucune réponse.

Elle se leva avec maladresse, tous ses membres paraissaient être à leur place, en un seul morceau. Elle s'éclaircit la voix et refit une tentative plus forte. Silence.

Des détails commençaient à la troubler ; le paysage, qui l’entourait, ne ressemblait en rien à la forêt du parc "Les Roches". Elle leva le visage.

Bleues ! La teinte de ces feuilles resplendissait au soleil. La taille moyenne des arbres permettait de distinguer un ciel familier dépourvu de nuages. Mais tout semblait si silencieux et différent ; pas de chants d’oiseaux ; pas de cris de ses amis ; et, pas de feuilles vertes ! Bonté divine ! Rien qui lui rappelait un endroit connu.

Sous le choc, elle vacilla et tomba sur son postérieur. Elle se releva d’un bond

- Ou suis-je ? pensa Cynthia, le ventre noué.

Les battements de son cœur redoublèrent, mais elle ne voulait pas céder à la panique. Pas encore. Il y avait certainement une explication logique. Ce lieu faisait partie du parc... tout simplement. Par contre, où étaient ses amis ?

Elle fit quelques pas de plus en plus perturbée : cette forêt avait bien des feuilles bleues, partout. Décidément, cette couleur la poursuivait. Elle continua son chemin en hélant ses amis, sans succès. L'angoisse lui serrait la gorge mais la jeune adolescente s'exhortait à rester calme et rationnelle.

Tout à coup, les feuilles d’un arbuste frémirent à quelques pas ; réduite à l’état de statue, elle scrutait du regard le feuillage quand surgit une petite bête à la fourrure beige. Sa ressemblance avec un écureuil était frappante, hormis la queue en panache beaucoup plus étoffée. Le hurlement de la jeune adolescente déchira l’air. Effrayée, la petite bestiole sursauta vivement. Cynthia crut s'évanouir lorsqu'elle la vit se boucher les oreilles avec ses petites pattes, le museau froncé en signe  de désapprobation. Alors, elle fit volte face et se mit à courir comme si elle avait le diable à ses trousses. Un autre hurlement jaillit de sa poitrine quand la petite bête s'exclama :

- Attendez ! Tarken ne vous cherche pas au bon endroit.

Cet animal parlait ! Mon dieu, la folie la gagnait ou ce n’était qu’un mauvais rêve. Elle accéléra l’allure à travers la forêt, ignorant les branches qui lui cinglaient le visage. Ses baskets buttèrent contre une racine, un tronc d’arbre lui permit de se rattraper de justesse.

- Vous allez vous  blesser...s’écria la petite bête.

Horreur ! Cette créature la poursuivait ! Elle bifurqua et dévala une pente à toute allure. Dans sa précipitation, elle glissa puis roula  sur plusieurs mètres pour finir sa course sur le ventre, avant de percuter son front contre une souche. Un voile noir l’engloutit. Essoufflée, la petite bête arriva quelques secondes plus tard.

-  Bon sang ! Qu'est-ce qui lui a pris ?

-  Declum ? appela une voix du haut de la butte.

- Je suis là, en bas.

Un bruit de pas léger vint à sa hauteur et une voix angoissée s’écria :

- Que lui as-tu fait ?

Un curieux personnage au visage paniqué s'agenouilla auprès de la jeune fille

- Rien ! Je la cherchais comme toi, et à ma vue, elle s'est enfuie en hurlant.

Tarken avait l'allure d'un adolescent. De taille moyenne et maigre, il portait un pantalon en daim sous une tunique ocre, une ceinture en cuir décorée de  symboles entourait ses hanches. Sous l'inquiétude, des petites taches jaunes mouchetaient ses yeux verts. Un nez plutôt court  et des oreilles deux fois plus grandes le différenciaient d’un humain. Son air grave et sérieux donnait  une étonnante maturité aux traits de son visage. Sous un bonnet ocre s’échappaient quelques mèches de cheveux très raides d’une couleur de jais.  Ses  mains à la peau épaisse offraient un étonnant contraste avec ses doigts longs et fins. Sa carnation était d’une nuance olive, comme de la peinture brune et verte mélangées sur une palette.

- Ybagus ne va pas être content, reprit Declum en grimaçant.

- Elle devait arriver plus à l'ouest, et non dans la forêt de Peplette, soupira son ami.

- Est-elle sérieusement blessée ?

Tarken prit un ton rassurant.

- Non, elle aura une bosse et quelques contusions.

Il tira une fiole d’une petite sacoche en daim qu'il portait en bandoulière sur le  torse, retira le bouchon, et la laissa quelques secondes sous les narines de Cynthia.

- Cette potion la maintiendra endormie et le réveil sera moins douloureux.

- Elle m'a flanqué une de ces peurs, s'exclama l’écureuil beige en agitant une petite patte.

- Surveille ton langage, Declum.

- Dis donc, depuis que tu es passé mage, tu te prends drôlement au sérieux.

Tarken leva son visage brusquement.

- Te rends-tu compte de l'importance de sa venue ? De l’importance de ma future mission ! Je ne veux pas décevoir Ybagus. Et là, vois-tu, cela démarre assez mal. Elle n’était pas sensée se blesser.

Songeur, Declum, assis sur son arrière-train, posa le menton sur une de ses petites  pattes.

- Elle semblait si effrayée. Penses-tu qu'elle soit celle dont nous avons besoin ? Une Siben ! 

-  Ybagus croit en elle, ne l’oublie pas. D'ailleurs,  sa peur est légitime, elle n’a jamais rencontré de goulpys dans son monde.

Declum hocha la tête.

- Tu as raison. Conduisons-la au château. Que dirons-nous à Ybagus quand il la verra dans cet état ?

Tarken eut un soupir fataliste et rétorqua :

- La vérité, Declum, tout simplement.

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07 novembre 2008

Chapitre 2 - Partie 2

Tout allait de travers depuis le début de cette journée. Toutefois, Ybagus, avait-il prévu qu'elle serait si effrayée ? Jusqu'à dévaler sur le ventre une pente jonchée de branchages. 

Une bosse ? A vrai dire, son optimisme semblait être la seule chose à laquelle il pouvait se raccrocher ; car, le moment était mal choisi pour se lamenter. Il fallait réagir et gérer la situation. Ybagus venait de le nommer mage, un titre qui exigeait d’être à la hauteur, dans n’importe quelle circonstance. Il avait des responsabilités dorénavant.

Et, celles-ci démarraient aujourd'hui avec la venue de cette jeune fille. Sa mission ne faisait que commencer et le danger se profilerait bientôt à l'horizon. Il lui appartiendrait de mettre en pratique des années d'enseignement, de dur labeur. Et, ce défi, il voulait le relever ; pour les trois mondes ; pour le sorcier qu’il considérait comme un père.

Toutefois, il était un jeune mage sans expérience, avec ses doutes. Alors, au fil des jours, à l’annonce de l’arrivée de la jeune Siben, la pression sur ses épaules étaient devenues plus lourdes. Et, pour couronner le tout, en ce jour si important, l’incantation n’avait fonctionné qu’à moitié. Un miracle que la jeune fille soit entière !

Bonté divine, elle aurait du arriver à l’ouest ! Que s’était-il passé ? Un mauvais présage ?

Declum sauta sur une souche, le regard braqué sur son ami, perdu dans ses pensées un peu moroses. Après quelques secondes, Tarken inspira longuement, redressa ses épaules et leva la main, la paume tournée vers le sol. Il effectua un lent mouvement en zigzag : une civière se matérialisa. Declum l’observait attentivement, ne doutant pas une seule seconde qu’il deviendrait un très grand magicien ; même, si parfois, le visage de son camarade trahissait ses incertitudes, comme à cette seconde.

Il est vrai que la venue de la jeune fille avait été un peu mouvementée.

Concentré, Tarken dirigea sa main vers Cynthia. Son corps se souleva lentement et se posa comme une plume sur la civière qui flottait à un mètre du sol. Finalement, il fixa du regard son ami qui comprit son message muet. D’un bond, il atterrit avec souplesse entre les pieds de l'adolescente puis gonfla ses poumons, et sa queue s'agrandit de plus en plus. Sous les yeux de Tarken, elle se transforma en une étoffe transparente qui recouvrit en totalité la civière, les rendant invisibles.

Satisfait du résultat, Tarken se mit en marche, suivi de son cortège. Il était curieux de le voir parler à voix haute alors qu'il semblait seul.

Ils marchaient depuis quelques kilomètres.

- On est bientôt arrivé ? demanda  Declum d'une voix étouffée.

- Je t'ai répondu, il y a à peine cinq minutes, rétorqua Tarken d’un ton exaspéré.

- Oui, mais il fait chaud là-dessous, et ce produit dont tu as badigeonné ses narines a une odeur bizarre.

- C'est à base de feuilles de chedus.

- Oui, j'avais reconnu, marmonna Declum vexé. La plupart des potions sont  faites à base de chedus, pas besoin d'être magicien pour reconnaître cette odeur infecte. Mais, cette fois-ci, elle me semble particulièrement écoeurante. Je ne sais pas quel mélange vous avez encore inventé.

- On s'y habitue, déclara Tarken, impassible sous les petits sarcasmes de son ami.

D'ailleurs, celui-ci semblait aussi mal à l'aise que lui par la succession des évènements.

Ils quittèrent la forêt et atteignirent le sommet d'une colline qui surplombait un immense écrin de verdure vallonné et sillonné de ruisseaux. Plus au nord, un petit village  se nichait au pied d'une montagne. Ils entreprirent leur descente et s'engagèrent dans la vallée.  Des champs cultivés s'étalaient en ruban le long du chemin qu'ils suivaient d'une allure soutenue.  Le cortège traversa ce décor habituel et arriva au pied d'un pont de pierre en forme d'arc. Ils le franchirent sans un regard pour le torrent qui bouillonnait en  contrebas.

Le village "Sin-Liesec", avec ses petites maisons de couleur beige légèrement vieillies et ses ruelles étroites et pentues,  formait une image idyllique. Au bout de la rue principale s’élevait un imposant château blanc en forme de U inversé, construit sur une large terrasse rocheuse. A chaque extrémité des ailes, deux grosses tours pointaient leur toiture en ardoise vers le ciel. Sur l’aile droite, deux étages reposaient sur une galerie à arcades donnant sur une cour.

Après avoir traversé le village sans attirer l'attention, Tarken et son groupe gravirent les marches qui menaient dans l’enceinte du château. Le soleil baissait à l'horizon. La montagne en toile de fond s'enflammait sous ses rayons orange, offrant un spectacle de toute beauté ; mais, Tarken n’était pas d’humeur à apprécier la pureté de ce tableau. Une boule se forma dans sa gorge lorsque le sorcier, vêtu d’une soutane grise, franchit la grande porte principale. Il fit quelques pas dans la cour, s’arrêta à la hauteur du jeune mage et attendit quelques secondes avant de prononcer de sa voix posée :

- Declum, s'il te plait.

Ce dernier ne réagissait pas.

- Declum, insista-t-il.

- Oui, balbutia la petite bête.

Il souleva le voile d'invisibilité puis sauta sur le sol, sa queue avait repris en quelques secondes son aspect d'origine. Ybagus hocha la tête pour le remercier et fixa des yeux la civière en lévitation où reposait Cynthia, endormie.

- Il y eu un incident, commença Tarken d’un ton hésitant. Elle n'est pas blessée, du moins pas sérieusement, je l'ai endormie.

Inquiet, le sorcier se pencha sur la jeune fille afin de constater les blessures.

- Mon dieu, que lui est-il arrivé ? s'exclama-t-il le visage horrifié.

Tarken tressaillit à la vue de l'énorme hématome sur le front, d'une belle coupure à la lèvre et diverses contusions sur les joues et les bras. En effet, il avait été optimiste.

Avec ses pouvoirs, Ybagus aurait pu  connaître la vérité sans poser de questions mais il accordait une importance particulière au dialogue.

- Le passage s'est ouvert dans la forêt de Peplette.

- Ah bon ! fit-il en haussant un sourcil.

Il se gratta le menton d’un air pensif.

- Je la cherchais à l'endroit prévu, plus à l’ouest. Comme elle était introuvable, j'ai demandé à Declum de jeter un coup d'oeil dans la forêt et... ils se sont retrouvés face à face.

Ybagus tourna lentement la tête et dévisagea ce dernier qui, mal à l'aise, dansait sur ses petites pattes.

- Je vous assure, Maitre Ybagus, qu'elle s'est mise à hurler à ma vue. Elle s'est enfuie en courant et s'est jetée la tête la première en bas d’une butte, s’exclama-t-il avec véhémence.

- Après que tu aies prononcé quelques paroles, intervint  Ybagus avec nonchalance.

- Oui, jee…

Tarken retint une grimace.

- Euh... je... enfin...elle allait... se blesser, je voulais la mettre en garde, bredouilla-t-il, pris au dépourvu.

- Il est vrai qu’entendre un animal l’interpeller dès son réveil n'a pas dû la rassurer, conclut le sorcier avec un brin d'ironie.

Penaud, Declum se tut quelques secondes.

- Désolé, je sais que je devais rester à l'écart, mais je voulais lui éviter de se blesser.

- Bon, dit Ybagus d'un ton alerte, elle me semble un peu plus choquée que prévu. Il faut bien reconnaître, que tout ceci est nouveau pour notre jeune Siben. D'ailleurs, c’est pourquoi, nous voulions éviter la forêt de Peplette ; se réveiller, seule, parmi des arbres aux feuilles bleues a du la surprendre.

Un euphémisme, pensa Declum.

-   Je ne comprends pas pourquoi le passage s’est ouvert à cet endroit, lança Tarken.

Ybagus eut un petit sourire satisfait

-   Hum… au contraire, je trouve cela très encourageant.

-   Ah bon ? fit le jeune mage décontenancé.

Le sorcier paraissait ravi de cet imprévu.

-   Oui, lors de son transfert, son esprit a lutté vaillamment, ce qui est très bon signe.

Declum et Tarken échangèrent un bref regard en coin, reflétant une totale incompréhension.

-  Ce qui explique, continua Ybagus d'un ton patient, les raisons de son arrivée au mauvais endroit. Inconsciemment, elle a résisté de toutes ses forces à un danger qui se présentait.

-   Donc, l’incantation a parfaitement fonctionné, dit Tarken soulagé.

-  Oui, nous avions juste omis que cette jeune fille allait faire preuve d’une belle force de caractère. Notre trajectoire a été déviée par la volonté de son esprit. C’est très encourageant, acheva-t-il les yeux pétillants.

Il frappa des mains, sa grande silhouette maigre vibrait d’une énergie communicative.

-  Dans un premier temps, nous allons la transporter dans sa chambre afin de lui procurer les soins nécessaires. Personne ne vous a vus au moins ?  interrogea-t-il tout à coup.

Son élève hocha vigoureusement la tête.

- Parfait.

- Maitre Ybagus…

- Oui, Tarken.

- Croyez-vous qu'elle surmontera sa peur lorsqu'elle nous rencontrera ?  N'ayant pas l'habitude de côtoyer des goulpys, elle n'éprouvera peut-être que répulsion à notre égard.

-  Ne crains rien, mon jeune ami, l'être humain a de grandes capacités d'adaptation.

Elle apprendra à te connaître et t'apprécier... toi aussi, Declum, ajouta-t-il, une lueur malicieuse dans son regard.

Celui-ci affichait un air plus que sceptique ; après tout, elle avait failli lui percer les tympans, mais Ybagus ne s'en formalisa pas. Ils la transportèrent dans une  chambre spacieuse au premier étage de l'aile gauche du château où, Ybagus, après avoir récupéré plusieurs potions dans son laboratoire, se chargea de soigner ses blessures.

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06 novembre 2008

Chapitre 2 - Partie 3

Cynthia s'agita dans son sommeil avant d'émerger peu à peu d'une douce torpeur. Elle s'étirait longuement quand, soudain,  l'image de la créature de la forêt apparut dans ses pensées. Le coeur battant, elle se pétrifia dans son lit et ouvrit les yeux prudemment. Une pièce aux belles proportions était plongée dans la pénombre, une fenêtre sans rideau laissait filtrer un rayon de lumière oblique. Immobile comme une statue, elle observa surprise le décor qui l'entourait.

Où était-elle ? La chambre était spacieuse : un grand lit baldaquin occupait un pan de mur et quelques meubles projetaient une ombre sur le sol, mais l'ensemble semblait assez spartiate.  Cynthia s'assit lentement et s'apprêtait à soulever le drap qui la recouvrait, lorsque la porte de la chambre s'ouvrit, laissant le passage à une jeune femme d'un âge indéterminé. Soulagée, elle vit un sourire s'afficher sur un visage tout à fait normal et avenant.

- Comment vous sentez-vous Mademoiselle ? demanda l'inconnue en posant un plateau au pied du lit.

Puis, munie d'allumettes, elle se dirigea vers un chandelier. Une douce lumière éclaira son lit.

- Bien, merci, mais où suis-je ?

- Au château.

- Au château, répéta-t-elle, l'esprit confus.

La jeune femme s'approcha, Cynthia essaya d'ignorer sa robe longue, son petit tablier blanc et son turban emprisonnant sa chevelure blonde. En fait, elle semblait sortir tout droit de l'un de ces tableaux qu'elle avait aperçus dans un musée.

- Je m'appelle Brissa. Maitre Ybagus ne va pas tarder à arriver, il a été retenu dans son laboratoire.

- Maître Ybagus, rétorqua-t-elle.

A cette minute, elle paraissait uniquement capable de répéter en écho les paroles de son interlocutrice dont l'apparence ressemblait fortement à  celle d'une servante.

- Avez-vous bien dormi ? continua Brissa d'une voix sympathique.

Indécise, Cynthia se massa le front puis n'y tenant plus...

- J’ai fait un horrible cauchemar, un animal ressemblant à un écureuil me poursuivait dans une forêt remplie de feuilles bleues. Et, le pire, était qu'il pouvait parler comme un être humain, c’était affreux, confia-t-elle d'une voix stressée.

Brissa lui lança un long regard pensif avant de tapoter son épaule d’un geste réconfortant.

-    Ne craignez rien, vous êtes en sécurité au château.

Elle n'eut pas le temps de demander plus d'explications car la porte s'ouvrit sur un curieux personnage qui pénétra dans la chambre. Cynthia, les yeux écarquillés,  détailla  du regard sa longue barbe grise, sa soutane dans les mêmes tons et son chapeau à la pointe recourbée. A vrai dire, il ressemblait à ces acteurs qui jouaient dans des films fantastiques ;  en fait, il ressemblait tout simplement à un sorcier. 

- Bonsoir,  Cynthia. Je suis Ybagus et soyez la bienvenue dans mon humble demeure.

Quelques mots franchirent ses lèvres sèches.

- Bon...bonsoir...Monsieur. Où suis-je ?

- Au château de « Sin-Liesec. »

Il avait un visage ridé et, en dépit de son âge avancé, il se déplaçait avec souplesse étonnante. Avec une fluidité qui attirait l'attention.

- Vous connaissez mon prénom, s'entendit-elle dire, étonnée qu'elle puisse prononcer une parole d'une voix plutôt normale.

L'adolescente essayait de pas dévisager son allure pour le moins particulière, au risque de paraître impolie.

- Oui, je connais votre prénom, répondit-il d'un air bienveillant. Tout d'abord, vous allez vous restaurer, et après une bonne nuit de sommeil, vous pourrez vous lever. Brissa vous a apporté votre dîner, il est préférable de le prendre dans votre chambre car vous êtes encore un peu faible.

- Ai-je été blessée ? questionna-t-elle ne sachant que penser de son hôte sympathique et courtois.

Quelque chose clochait, mais elle avait encore des difficultés à rassembler ses idées.

Des détails lui échappaient, des souvenirs surgissaient par bribes ; mais, le tout restait incohérent. Alors, elle décida d'éviter de s'attarder sur le décor de cette chambre, sur l'allure des deux personnes à ses côtés, accoutrées bizarrement, sorties tout droit d'une autre époque.   

Cependant, une pensée la taraudait depuis son réveil. Elle leva les yeux et demanda d'un ton hésitant :

- Je me suis blessée dans la grotte, n'est-ce pas ? Mais pourquoi ne suis-je pas à l'hôpital ?

Ybagus eut un petit sourire réconfortant.

- Nous discuterons de tout cela après une bonne nuit de sommeil. Brissa dort dans la chambre voisine, si vous avez besoin de quoi que ce soit, tirez sur ce cordon.

Ses yeux suivirent la direction de son regard : un cordon tressé d'une couleur jaune pendait le long du mur. Elle acquiesça en silence. Ybagus remarqua ses yeux pénétrants et interrogateurs. Il lisait en elle comme dans un livre ouvert. Sous une apparence faussement détachée, elle observait et notait tous les détails étranges qui l'entouraient.

Quelques potions de son invention la maintenait encore dans une très légère léthargie. Car, son transfert de la grotte au trois Mondes avait été plus violent que ses prévisions ; il était préférable de la laisser reprendre quelques forces avant de lui annoncer ce qui bouleverserait sa vie.

Et, même, si la situation la rendait perplexe pour l’instant, elle ne présentait aucun signe de panique.

- Ma mère, mes amis...et Mlle Baudin...commença-t-elle, les sourcils froncés.

Ybagus leva la main dans un geste apaisant.

- Ne vous inquiétez pas, Mademoiselle Baudin rassurera votre mère. Quant à vos amis, Benjamin, Claire et Romain, ils sont repartis chez eux. Ils vont tous très bien.

Elle n'avait aucune raison de ne pas le croire. Par ailleurs, il connaissait exactement le prénom de ses camarades. Maintenant, pourquoi était-elle dans un château et non dans un hôpital ? Cela méritait quelques éclaircissements...

Mais, Ybagus passa une main devant son visage et ses questions s'évaporèrent totalement.

- Vous devez être affamée, mangez tout d'abord, ensuite vous vous reposerez.

En effet, elle mourait de faim.

Demain,  cet étrange personnage lui donnerait des réponses précises. De plus, sa mère serait certainement au château à la première heure. Pour l'instant, elle entendait gronder uniquement son estomac. Une bonne odeur chatouilla ses narines, le plateau que soulevait Brissa semblait apétissant. Elle en salivait déjà d'avance.

- Je vous verrai demain, confirma Ybagus.

Il sourit et quitta la pièce d'une démarche toujours aussi fluide.

Plus tard, restaurée et assoupie, elle rêva d'un château sorti d'un conte de fée, habité de personnages pour le moins excentriques, entourés de drôles de créatures dotées de la parole.

Le lendemain matin, elle se réveilla en pleine forme. Après une courte hésitation, ses pas se dirigèrent vers la fenêtre afin de découvrir l'endroit où on l'avait transportée. Soulagée, elle vit des arbres au feuillage vert ; d'ailleurs, la vue était magnifique de sa fenêtre. Le château embrassait du regard toute la vallée. Les petites maisons aux toitures d'ardoises noires, entourées de jardins fleuris, se déployaient en terrasse au pied  du château. Elle distingua un pont et un torrent. Mais, Où était le parc "Les Roches" dans ce décor ?

Toutefois, un peu plus rassurée par un paysage familier, elle pivota et remarqua une bassine, déposée probablement par Brissa pendant son sommeil. Certes, le confort était rudimentaire mais  cela ne manquait pas de charme. Après une rapide toilette, elle s'habilla et décida de rejoindre Ybagus. Sa chambre donnait sur un large couloir dallé de pierres polies par le temps. Des appliques murales en fer forgé, surmontées de bougies, éclairaient faiblement des murs aux briques apparentes.

Elle déboucha sur une mezzanine qui surplombait un large escalier en bois. Sur le palier, son regard fut attiré par une immense tapisserie représentant une plaine enneigée où galopaient des  chevaliers sur de superbes montures, nettement plus imposantes que des chevaux. Elle descendit lentement les marches. En bas,  les proportions du hall d'entrée étaient également impressionnantes ; mais, plus encore, le silence qui régnait dans cet endroit dégageait une atmosphère étrange. Elle entendit un bruit de pas léger : Brissa apparut un sourire rassurant aux lèvres.

- Avez-vous  bien dormi Mademoiselle ?

- Oui, merci.

- Votre petit déjeuner est servi, Maître Ybagus vous rejoindra un peu plus tard, poursuivit-elle en tendant la main pour lui indiquer une lourde porte en chêne.

Cynthia lui emboita le pas. Elles pénétrèrent dans une grande salle à manger au milieu de laquelle reposait  une  table en bois longue d'une dizaine de mètres. Au plafond, un superbe lustre en bronze brillait sous les rayons de soleil qui pénétraient à  flots par les quatre fenêtres alignées sur la façade principale du château. Une cheminée de pierre monumentale occupait tout un pan du mur. Elle prit place, réconfortée par la clarté qui illuminait cet endroit. Brissa avait déjà apporté un plateau composé d'un verre de jus d'orange et de petits pains au sucre. Elle déjeuna avec appétit malgré une légère appréhension, car, au fond d'elle-même, elle sentait bien que quelque chose clochait. Perdue dans ses pensées, elle entendit la porte grincer et Ybagus apparut enfin.

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05 novembre 2008

Chapitre 2 - Fin

- Bonjour Cynthia, salua-t-il de sa voix rassurante.

- Bonjour Monsieur Ybagus, répondit-elle poliment en se levant.

Debout, près de la porte, simplement vêtu de sa soutane grise coupée dans une étoffe fluide, il dégageait une aura surprenante, intimidante à la lueur du jour.

- Êtes-vous reposée ?

- Oui, merci. Je pense que ma mère ne va plus tarder, commença-t-elle d’un ton prudent.

Le sorcier garda le silence quelques secondes avant de proposer :

- Venez, allons dans mon bureau. Nous pourrons parler tranquillement.

Elle hésita, Ybagus semblait être un homme digne de confiance ; pas le genre de personne à séquestrer une adolescente dans les catacombes d’un château mystérieux. Maintenant, si depuis le début de cette aventure, elle était à la merci d’un dangereux psychopathe qui se prenait pour un sorcier, il y aurait peu de chance que ce matin elle puisse encore se poser des questions. Elle inspira profondément pour endiguer le flot de pensées négatives qui lui vrillaient le crane. De toute façon, aussi stupide que cela puisse paraître, cet homme habillé bizarrement lui avait inspiré confiance dès les premières secondes de leur rencontre.

-    Vous n’avez aucune raison d’avoir peur.

Elle plongea ses yeux noisette dans son regard amical, Ybagus ne bougeait pas d’un millimètre, dans l’attente de sa décision. Car, aujourd’hui, aucune potion  ne la maintenait dans une légère léthargie. En effet, elle avait toute sa tête pour écouter ou non les explications du sorcier. Et, Il savait pertinemment que ce ne serait pas facile pour la jeune Siben.

Finalement, elle hocha la tête et le suivit parmi un dédale de corridors et d'escaliers. Ils pénétrèrent dans la tour à l'extrémité de l’aile droite, un escalier en colimaçon les mena devant une porte en bois, usée par le temps. Ybagus l’ouvrit largement  et franchit le seuil le premier ; Cynthia s’immobilisa sur le perron découvrant les lieux. Le bureau était une ravissante pièce ronde dont les pierres apparentes légèrement jaunies s’accordaient parfaitement à un bureau et des étagères en bois. Elle hésita un court instant puis fit quelques pas, une lueur de curiosité brillait dans ses yeux.

Son regard balaya différents objets, éparpillés sur une de ces étagères, dont un petit coffre finement ciselé. Une cheminée suspendue, flanquée de deux fauteuils confortables réchauffait son propriétaire en hiver. Des livres volumineux alignés sur une autre étagère semblaient dater de plusieurs siècles. Impressionnant ! Elle croisa enfin le regard d'Ybagus, silencieux durant son examen ; il tendit le bras pour l’inviter à s’asseoir dans un de ces fauteuils en cuir.

Tout à coup, la porte entrebâillée s'ouvrit brusquement, Declum pila net devant les sourcils froncés du sorcier, puis ses yeux ronds bifurquèrent vers la jeune fille. En une fraction de seconde, il se couvrit de son voile d'invisibilité avant que Cynthia ne pivote. Elle promena son regard étonné vers la porte grande ouverte. Ybagus eut un petit sourire contrit.

- Pardonnez la vétusté de ce  château mais  les nombreux courants d'airs ont tendance à provoquer ce genre de chose.

Il se dirigea vers la porte,  tendit largement le bras en faisant de gros yeux à Declum qui tentait de reculer sur la pointe de ses pattes avant de recevoir le battant en pleine face. Mais, il manqua de rapidité et la porte claqua d'un coup sec. Un bruit suivi d'un grognement étouffé s'éleva dans la cage d'escalier.

-  Il est impossible d'être tranquille, s'exclama Ybagus avec emphase.

Un second grognement étouffé se fit entendre. Cynthia jeta un regard prudent en direction de la porte.

-  Ne vous en faites pas, on peut percevoir toutes sortes de bruits divers dans cette tour, rassura Ybagus en s'asseyant dans l'autre fauteuil disponible.

Elle hocha la tête.

- Cet endroit est un peu curieux, avoua-t-elle. Sommes-nous près du parc "Les Roches" ? D’ailleurs,  je ne comprends pas, si j'ai été blessée, pourquoi suis-je ici et non dans un l'hôpital ? D’autre part, je n'ai aucune blessure visible, acheva-t-elle en examinant ses paumes.

Oui, grâce à Ybagus qui avait fait disparaitre tous les hématomes de son visage et de ses mains. Mais, il se garda bien de s’en vanter.

Les questions déferlaient, à présent, Ybagus percevait clairement son appréhension ; et, la lutte qu'elle menait pour se convaincre qu’il existait une explication rationnelle.

-  Vous n'êtes pas près du parc "Les Roches", Cynthia, avoua Ybagus avec simplicité.

Une chape de plomb s’abattit dans la pièce.

-  Alors,  où suis-je ? demanda-t-elle dans un souffle.

- Dans un premier temps, je vous répète que vous n’avez aucune crainte à avoir, insista-t-il. Maintenant, quels sont vos derniers souvenirs ?

Elle plongea ses yeux dans son regard encourageant. Mal à l'aise, elle gigota sur son siège.

- Une forêt aux feuilles bleues et cette...créature qui parlait. C'était un cauchemar, dit-elle d'une voix oppressée.

- Remontez plus loin. Où vous trouviez-vous avant cette scène ?

Elle réfléchit et des flashs plus précis envahirent sa mémoire.

- Une grotte... oui, j'étais dans une grotte avec mes amis. Auparavant, j'avais trouvé cette fleur étrange  et, ensuite, tout a été bizarre.

- Que voulez-vous dire ?

Elle hésita un court instant.

- Une force me poussait à me diriger vers un endroit précis. Je ne me contrôlais plus.

Elle garda le silence,  un pli soucieux barrait son front. Soudain, la scène de la fleur suspendue dans le vide la percuta de plein fouet, puis des images se dessinèrent avec une nette précision : la fleur moulée dans la roche, la paroi se déchirant aussi facilement qu'un parchemin, la puissance de cet ouragan, et, finalement, les cris de ses amis projetés à l'autre bout de la salle. Elle déglutit.

Ybagus comprenait les diverses d’émotions qui se peignaient sur son visage. Il se leva lentement et se dirigea vers une étagère sur laquelle reposait un livre très ancien. Songeur, il suspendit son geste une fraction de seconde avant de saisir l'ouvrage qu'il tendit à la jeune fille. Sur la couverture apparaissait la réplique exacte de cette fleur aux étranges pétales bleus. Elle se figea et tendit une main tremblante pour en effleurer les contours. Puis elle saisit le livre.

- Ce dessin représente la fleur des terres, connue sous le nom d'Adalis. C'est le symbole royal des trois Mondes.

Elle écoutait ses paroles, hypnotisée par la gravure. Ybagus franchit à nouveau les pas qui le séparaient de son fauteuil.

- Cynthia, es-tu prête à entendre ce que j'ai à te dire ? demanda-t-il franchement en la tutoyant pour la première fois.

Elle  le dévisagea en silence, il soutint son regard, discernant une lueur hésitante. Puis, elle acquiesça.  La tension devenait presque palpable.

- Tu es dans les trois Mondes, un  univers différent de ce que tu connais, commença-t-il en détachant chaque mot. Tu n'as rien à craindre, ce château appartient à un village appelé Sin-Liesec situé dans le monde des Terres.

- Les trois Mondes, répéta-t-elle abasourdie.

- Oui, il est composé de trois parties : les terres, les mers et les glaces.

- Vous êtes en train de me dire que je ne suis plus dans mon monde, sur la planète terre, s'exclama-t-elle interloquée.

Puis, les joues rouges de confusion, elle bafouilla :

- Ce...ce...n'est pas possible, la science fiction... ça n'existe pas !

- Les trois Mondes existent bel et bien. 

Elle le scruta ébahie, hésitant à le prendre pour un fou. Pourtant, il n'avait rien d'un illuminé, avec son regard pénétrant et son visage dégageant un charisme indéniable. Elle secoua la tête, vulnérable à nouveau. Elle réprima un flot de panique.

- Je...je ne comprends pas. Comment…pourquoi…

Les questions s’entrechoquaient. Elle tenta de respirer plus calmement.

- Il existe un passage qui relie nos deux univers, j'en suis le gardien et je l'ai  ouvert  pour te permettre de le franchir.

Elle écarquilla les yeux en silence, trop choquée pour prononcer une parole.

- C'est...c'est...pourquoi moi ? bredouilla-t-elle.

Puis, elle secoua la tête et leva une main en signe de protestation.

- Honnêtement, je n'affirme pas vous croire, Monsieur Ybagus, car tout ceci est  complètement irrationnel, illogique...euh fou pour tout dire.

- Je comprends tes sentiments ; mais, au fond de toi, tu sais qu'il s'est passé un évènement étrange dans cette grotte, n'est-ce pas ?

Au bout de quelques secondes, elle hocha la tête avec réticence.

- J'ai procédé à un rituel pour relier nos deux mondes, continua-t-il imperturbable.

Le visage du sorcier restait indéchiffrable, normal. Il aurait pu, tout aussi bien, parler de la pluie et du beau temps.

Mais, à cette minute, ses convictions volaient en éclat. Pourtant, ce que cet homme excentrique racontait, n’existait pas. Dans les films, oui ! Mais pas dans la réalité ! Néanmoins, la scène de la forêt suivie de l’apparition de la petite bête lui revint en mémoire, sans parler de ce château et ses habitants habillés bizarrement. Elle se sentit un peu nauséeuse.

- Pourquoi ? demanda-t-elle avec détresse.

- Les trois Mondes ont besoin de ton aide,  acheva-t-il le regard intense.

- Moi...mais....je, bafouilla-t-elle à nouveau.

Elle leva le visage les yeux scintillants.

-   Mais c'est complètement dingue, s'écria-t-elle l'esprit confus. Je ne suis qu'une simple lycéenne...et, en quoi puis-je vous être utile ? Et je vous répète à nouveau que je suis loin de vous croire…

Ybagus était conscient qu'elle n'était pas prête à entendre toute l'ampleur de sa mission. Le temps serait  un précieux allié.

- Cette créature qui parlait, ce n'était pas le fruit de mon imagination, reprit-elle brusquement.

- Non.

- Même si je croyais cette histoire complètement folle, pourquoi moi ?

- Tu es là pour accomplir ton destin, nous t'attendions. Tu penses que je suis fou,  je te dis simplement la stricte vérité. Les trois Mondes attendaient ta venue depuis fort longtemps.

- Accomplir mon destin ?

- Oui, rétorqua-t-il succinctement.

Elle s’agita sur son fauteuil.

- Mes amis, ma mère...demanda-t-elle un peu affolée. Je veux les revoir.

- Ne t'inquiète pas. J'ai fait le nécessaire, le temps que tu reprennes ta place.

Elle lui jeta un coup d'œil effaré.

- J'ai effacé ton souvenir de toutes les personnes de ton entourage. Du moins, juste le temps que tu passeras ici, rassura-t-il simplement.

Ses yeux étincelèrent.

- Quoi ! Ils n'ont plus aucun souvenir, vous avez effacé toute trace de mon existence.

- C'est provisoire, tout rentrera dans l'ordre à ton retour. Je te donne ma parole.

- Quand ? s’exclama-t-elle.

- Je ne peux, malheureusement, le prédire.

Elle se massa les tempes, incrédule, perdue, choquée. Ses yeux noisette flamboyèrent subitement.

-  Etes-vous un sorcier ? interrogea-t-elle, se sentant stupide  de poser une telle question.

- Oui, je suis un sorcier.

Cynthia resta sans réaction, enregistrant sa réponse dans un premier temps puis elle déclara d'une voix sourde :

- Je veux rentrer chez moi, je veux revoir ma mère, mes amis !

Maintenant, la panique la submergeait au fur et à mesure qu’elle absorbait toutes les paroles de son interlocuteur.

Ybagus s’adossa.

- Ecoute-moi bien Cynthia, tout ce que je te demande, c’est de rester une petite semaine. D’apprendre à connaitre le château et les habitants, de découvrir le danger qui menace les trois mondes et qui, tôt ou tard, représentera un grand danger pour la Terre. Car, en vérité, si je te demande de nous aider à sauver les trois Mondes, sache que tu sauveras également ton univers et les gens que tu aimes.

Elle l’écoutait et comprit que ce n’était pas un illuminé ou un fou. A cet instant, une petite chaleur inhabituelle envahit son l’esprit, ses membres s’engourdirent légèrement, puis la sensation disparut aussi vite.

- Si, au bout d’une semaine, continua-t-il, tu souhaites rentrer chez toi, je te renverrai dans ton monde. Je t’en fais le serment, mais il est primordial que tu restes cette semaine. Je te le demande comme une faveur.

Un silence de mort s’instaura. Elle posa ses mains à plat sur le livre qu’elle tenait toujours.

- Vous me renverrez ? demanda-t-elle dubitative.

Il hocha la tête.

- Prouvez-moi, prouvez-moi que tout ceci est vrai, demanda-t-elle.

Il réprima un sourire à la vue de son visage déterminé.

- Veux-tu rencontrer un de mes amis ?

- Oui, répliqua-t-elle avec précaution.

Prudente mais pas téméraire. Il ne fallait tout de même pas exagérer !

Ybagus leva la main d'un geste leste et claqua des doigts. La porte s'ouvrit toute seule, Cynthia tourna la tête et sursauta.

- Entre Declum, d'ici tu entendras nettement  mieux cette conversation que l'oreille collée contre la porte.

L’adolescente se pétrifia à la vue de la créature de la forêt qui, surprise en flagrant délit d'espionnage,  s'immobilisa également. Puis, il avança d'une allure faussement désinvolte sous son regard abasourdi, peu rassurée tout à coup.

Declum remarqua que la Siben semblait prête à bondir s'il approchait - ne serait-ce - de quelques centimètres supplémentaires. Bigre ! La partie n'était pas gagnée d'avance si les trois Mondes avaient besoin de son aide. A ce jour, il n’avait jamais effrayé personne.

- Vous vous êtes déjà rencontrés, poursuivit Ybagus d'un ton nonchalant.

Cynthia ne quittait pas du regard Declum qui, un peu gêné de subir cet examen, oscillait sur ses pattes pour ne pas perdre contenance.

- On ne lui avait pas enseigné la politesse à cette Siben !

Cela devenait embarrassant et Ybagus se délectait du spectacle.

- Cynthia, je te présente Declum, un goulpy.

- Un goulpy ?

- Oui, ce sont des créatures dotées de certains pouvoirs.

Elle le quitta enfin du regard pour faire face à Ybagus.

- Quels pouvoirs ?

- Cela dépend ! Declum a celui de la parole et de l'invisibilité.

Elle ouvrit la bouche, stupéfaite,  mais aucun son n'en sortit.

- Fais-nous une petite démonstration, Declum.

Celui-ci obéit, il gonfla ses poumons, sa queue s'agrandit et se transforma en un  voile dont le simple contact rendait invisible tout objet. Il s'en recouvrit et  disparut de la vue de Cynthia.

- Waouh, s'exclama-t-elle, trop choquée pour étoffer son discours.

Declum réapparut aussitôt, alors elle l'examina différemment, sans cette lueur de crainte, plutôt avec curiosité

- Vous parlez ? demanda-t-elle.

- Oui, répondit-il, désolé, je ne voulais pas vous effrayer dans la forêt.

Abasourdie,  Cynthia ne put émettre un son. C'était trop incroyable de l'entendre s'exprimer ainsi. Après quelques secondes, elle rétorqua :

- Non, c'est ma faute. C’est si surprenant, vous ressemblez à un écureuil en un peu plus grand et vous entendre parler…

Elle ne put achever sa phrase.

Surpris, Declum l’observa. Peut-être que la Siben était plus courageuse qu'elle ne paraissait. Il croisa les yeux moqueurs d'Ybagus.

Cynthia restait silencieuse perdue dans ses pensées.

-   Une semaine, uniquement une semaine...sa terre en danger.

Les phrases du sorcier se bousculaient en elle. Et, si elle refusait. Que se passerait-il ? Ybagus était un sorcier, Declum un goulpy. Ce monde existait bel et bien ! Donc, cette menace potentielle envers la terre également. Mais, quelle menace ?

Pouvait-elle tourner le dos à ce danger ? Certainement pas ! Même si tout ceci dépassait l’entendement. Les habitants de ce château n'étaient pas menaçants ou dangereux. Au contraire, on la traitait avec courtoisie.

Et Ybagus lui laissait le choix.

-    Une semaine, pensa-t-elle à nouveau.

L’idée commençait à s’incruster et tout sentiment de panique s’estompait. Elle ne doutait pas de la parole d’Ybagus. Alors, pourquoi pas ? Que représentait une semaine ? Si elle refusait, elle s'en ferait peut-être le reproche toute sa vie.

Cependant elle leva le visage et déclara fermement :

-   Nous sommes mardi, Monsieur Ybagus, donc si j’ai bien compris, mardi prochain je serai de retour chez moi.

Il plongea ses yeux gris dans les siens, notant le défi dans sa voix.

-   Je n’ai qu’une parole, rétorqua-t-il en souriant. Dorénavant, appelle-moi Ybagus, et je te souhaite la bienvenue dans les trois Mondes, Cynthia. C'est une grande fierté pour nous de t'accueillir.

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12 octobre 2008

QUATRIEME DE COUVERTURE

Suite à une excursion organisée par son lycée, Cynthia, une adolescente de seize ans, se retrouve projetée dans un autre monde, peuplé d'êtres différents. Alors, commence une incroyable aventure pour cette jeune fille solitaire. Entre la magie de cet univers et le terrible danger qui le menace, une course contre la montre débute afin de découvrir le fameux  "labyrinthe des glaces", lieu qui renferme un secret qui pourrait délivrer les trois mondes. Acompagnée de ses nouveaux amis, elle se lance dans une quête qui pourrait s'avérer impossible ; car, personne, n'a jamais pu localiser cet endroit mystérieux.

Posté par cylo à 20:20 - QUATRIEME DE COUVERTURE - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Chapitre 1 - Partie 1

Première partie : Le monde des Terres

Chapitre 1 : L'excursion

Un léger soupir s'échappa des lèvres de Cynthia. Elle s'efforçait de se concentrer sur son cours d'histoire. Mais cet après-midi ensoleillée n'incitait guère les élèves de la classe de Mademoiselle Baudin à se passionner pour la vie de Napoléon et son exil sur l'île de Saint Hélène. Pourtant, à grand renfort de gestes, et d'un ton non moins passionné, le professeur d'histoire espérait libérer de sa profonde léthargie la classe de seconde générale de l'établissement Jean Pierre II.

Solène, au premier rang, fixait un livre posé sur son pupitre, ouvert à un mauvais chapitre tout en pensant au feuilleton de cette prochaine soirée. Romain étouffait des bâillements discrets mais répétés à une cadence précise : toutes les dix secondes. Déjà, Il imaginait une prochaine bataille dans sa Guild sur son ordinateur; à vrai dire, aucune ressemblance avec une quelconque escarmouche dont les abreuvait leur professeur depuis trente huit minutes, exactement.

De nouveau, le regard de Cynthia erra vers la fenêtre grande ouverte sur la cours, distinguant au loin une équipe qui disputait un match de Basket Ball sur le terrain situé à droite de la cantine. Assise au dernier bureau de la troisième rangée, elle pouvait également suivre des yeux la tête de Benjamin dodeliner dangereusement. D'un coup de règle précis entre les omoplates, fruit d'une longue habitude, elle rétablit l'équilibre plus que précaire de son camarade. Il tressaillit puis se massa discrètement la nuque, le visage déformé par une grimace. Il lui jeta un regard en coin.

- Vas-y moins fort, souffla-t-il.

- C'était une urgence, désolée ! Chuchota-t-elle.

Fidèle à sa réputation, la prestation de Mademoiselle Baudin était incroyable. Elle semblait ignorer les yeux levés au plafond, perdus dans des pensées lointaines - aux antipodes certainement de l'agitation de l'histoire de France -, ou ceux rivés au sol, étudiant les motifs compliqués d'un carrelage usé par le temps. Sans doute, conservait-elle l'infime espoir, qu'une ou deux phrases franchiraient la brume qui enveloppait ses élèves en ce début du mois de juin.  Mais, la sonnerie stridente, en quelques secondes, tira de sa torpeur l'ensemble de la classe.

Immédiatement, certains élèves se précipitèrent dans le hall en bousculant au passage quelques personnes peu pressées, à leur goût, de quitter la salle de cours. Mademoiselle Baudin rappelait à voix haute les horaires du bus qui les transporterait dans les Vosges dans le but de visiter un parc naturel situé au nord du département. Mais ses paroles se perdaient dans le brouhaha des conversations. Benjamin avait emboîté le pas de Cynthia.

- C'est quoi ce truc ?

Elle leva les yeux au ciel.

- Un parc où tu peux visiter quelques grottes, elle en a parlé toute la semaine dernière !

- Ça caille dans ces machins !

- Habille-toi et le problème sera réglé.

Ils remontaient le hall en évitant des élèves plantés au milieu du couloir. Benjamin et Cynthia se connaissaient depuis la sixième et leur entente dépassait le cadre du lycée; au fil du temps, elle avait découvert en lui un confident qu'elle n'avait jamais trouvé chez une fille de son âge.

Mais soudain, Marine se profila à l'horizon, elle ralentit le pas dans l'espoir d'échapper à cette peste. Le miracle n'eut pas lieu. Au contraire, cette dernière leva son visage délicat, et d'une main aux ongles parfaitement manucurés balaya une mèche blonde derrière une oreille : un geste, certainement, étudié pendant des heures devant un miroir. Ses yeux bleus plongèrent dans les siens - une banale couleur noisette - avant d'esquisser un sourire mielleux, prélude d'une suite peu agréable. Malheureusement, elle en avait l'habitude. Marine la détestait, et les raisons de cette hostilité resteraient néanmoins un mystère. En effet, cette dernière plutôt jolie attirait une quantité de garçons qui se battait pour attirer son attention ; enfin, une nuée d'adolescente rivalisait afin d'appartenir à son cercle d'amies privilégiées. Ce qui n'était pas le cas de Cynthia. Peut-être était-ce son caractère indépendant qui dérangeait Marine ? Et elle ne se privait pas de la traiter avec ironie et mépris parfois.

- Au fait, Cynthia, es-tu invitée chez Camille ? demanda-t-elle avec son petit air hypocrite.

- Non, rétorqua-t-elle brièvement.

Son visage à la mine angélique l'horripilait et entraînait cette envie permanente de lui rabattre son caquet. Mais, par expérience, elle savait qu'il était inutile de poursuivre dans cette voie. Un repli stratégique était parfois plus intelligent qu'une dispute avec Marine.

- Dommage, soupira-t-elle, Camille a invité une partie de l'équipe de basket.

- Super ! Amusez-vous bien !

Et, suivie de Benjamin, elle se faufila adroitement de manière à atteindre une porte qu'elle ouvrit d'un geste brusque. A l'extérieur, elle descendit précipitamment les marches et s'éloigna d'un pas rapide, ignorant les éclats de rire dans son dos.

- Es-tu invité ? demanda-t-elle finalement à son ami silencieux.

Il secoua la tête.

- Non, on dirait que cela t'embête.

Elle resta songeuse quelques secondes.

- A vrai dire, je n'en sais rien. J'apprécie Camille mais je déteste Marine, alors passer une soirée en sa compagnie, non merci. Mais toutes ces filles se comportent comme des moutons. C'est consternant et pathétique !

- Camille est une chouette fille et elles sont dans la même classe. Elle ne t'a pas invitée car elle sait pertinemment que tu serais mal à l'aise. Personne n'est dupe, tu es un peu la tête de turc de Marine.

Cynthia haussa les épaules et déclara sans conviction :

- Certainement.

Ils se dirigeaient vers la sortie du lycée lorsqu'un groupe de garçons, appartenant à l'équipe de basket, se profila près de la cantine. Benjamin leur fit un signe tandis que Cynthia bougonna un rapide salut. Elle les trouvait un peu arrogants et préférait limiter les contacts ; même si, parmi eux se tenait Nathan - élève de terminal doublé du capitaine de l'équipe - très populaire dans la gente féminine avec sa haute stature athlétique et son visage séduisant. En réalité, la véritable admiration, qu'elle lui vouait depuis peu, résultait de sa résistance aux tentatives de séduction de Marine-langue-de-vipère ; et à ses yeux, cela valait toute sa considération. Nathan figurait sur une bonne marche d'un piédestal ; toutefois, elle n'était pas assez naïve pour espérer qu'une fille de son genre - peu expansive et populaire - puisse attirer l'attention d'un garçon de cet acabit. Elle l'ignora comme d'habitude malgré un léger pincement au coeur.

Elle quitta Benjamin pour attraper son bus. Une fois à son domicile, elle grimpa directement dans sa chambre. Son premier réflexe fut d'allumer son ordinateur et vérifier ses messages, puis elle cliqua sur l'onglet orange qui clignotait en bas de son écran. Benjamin s'était également connecté. Ils tapotèrent sur leur clavier, échangeant des banalités entre deux exercices de mathématiques, peu motivés par leur devoir à l'approche des prochaines vacances.

Posté par cylo à 14:54 - Chapitre 1 - L'excursion - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Mon histoire

Je suis mariée et mère de deux enfants. Depuis mon adolescence, j'aime écrire des histoires de tout genre, de la romance au policier.  C'est un loisir, rien de plus. J'ai gribouillé des cahiers entiers selon mon imagination. Au fil du temps, j'ai essayé de le faire plus sérieusement, histoire mieux construite, caractères plus développés. Bien sûr, un ordinateur a remplacé mes vieux cahiers que j'affectionne particulièrement, et le plaisir de les relire est toujours présent.

En 2005, j'ai quitté mon emploi et, au bout de quelques semaines d'inactivité, une idée a germé ; j'avais envie d'écrire une histoire pour mes enfants. En effet, il me paraissait important qu'on puisse partager ce loisir, et qu'ils aient enfin la possibilité de lire le fruit de mes heures rivées à mon portable. Une autre raison, pas la moindre, était de me soumettre pour la première fois à leur critique.

Maintenant, je désire partager cette histoire avec d'autres personnes. Ce récit est certainement plus ciblé pour un lectorat adolescent mais je suis sûre qu'un adulte peut l'apprécier également.

N'hésitez pas à me laisser vos commentaires. Bonne lecture.

Belinda

Posté par cylo à 12:09 - Mon histoire - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 octobre 2008

Chapitre 1 - Partie 2

La lune projetait ses  rayons argentés sur un amas de petits rochers. Les arbres, dont les feuilles bruissaient sous une faible brise, s'élançaient dans un ciel constellé d'étoiles. Un silence apaisant régnait dans ce parc à la végétation riche et variée. A  proximité d'une rivière, qui serpentait entre des buissons fleuris,  veillait un homme au regard pétillant. Il sourit à la vue de  sapins qui, tels de petits soldats solitaires, bordaient un sentier parsemé de cailloux blanc. Une longue barbe grise indiquait un âge avancé. Une soutane marron, coupée dans une étoffe fluide, ondulait sous le souffle régulier du vent. Dans sa main droite, planté dans le sol, un sceptre serti de pierres précieuses brillait d'une lueur opalescente. Un chapeau de sorcier à  la pointe recourbée complétait son allure étrange.

- Comment te portes-tu mon ami ? questionna-t-il subitement d'un ton amusé.

Une voix jeune et masculine aux intonations espiègles s'éleva :

- Vous avez entendu mes pas,  Maître Ybagus. Je pensais être plus rusé.

Il pivota le sourire aux  lèvres.

- Oui... mais tes progrès m'impressionnent, je n'ai perçu ton pas qu'à  l'entrée du parc (elle se situait pratiquement à un kilomètre de l'endroit où il se tenait), et j'ai pu juger de ton habilité à te déplacer.

-  Merci, répondit-il en souriant.

Le vieil homme fit quelques pas, son visage ridé  et empreint d'une grande sagesse se dessinait parfaitement sous la clarté argent. Sa  silhouette imposante inspirait  le plus grand respect tandis que ses yeux trahissaient un esprit vif et intelligent.

- Alors, mon ami, tu souhaitais me rencontrer avant le grand jour.

- Oui... je...l'heure approche...commença-t-il d'un ton hésitant.

Il se tut. Ybagus perçut son malaise et déclara d’une voix apaisante :

- Demain, mon jeune ami. Le passage sera prêt, mais tu es sceptique et en proie au doute,

Le jeune homme se raidit puis poussa un profond soupir.

- Je l'avoue... je ne veux pas douter de votre choix...cependant, cette personne me parait bien jeune et sans expérience pour une telle responsabilité,  lança-t-il d'une traite.

Il marqua une pause, le front barré par un pli soucieux.

- C'est une fille ! S’exclama-t-il, enfin, incapable de dissimuler sa consternation.

Le cœur battant, il attendit la réaction d'Ybagus qui, après quelques secondes de silence, éclata d'un rire franc ; puis, reprenant son sérieux, il leva le visage vers le ciel, perdu dans ses pensées. La rivière clapotait, le vent soufflait légèrement, la nature entière paraissait suspendue à ses lèvres. Finalement, Il  baissa les yeux lentement.

- Elle est bien plus forte que tu ne le penses, commença-t-il d'une voix profonde. Mais, sache que  je comprends ton incertitude, nous avons attendu cet événement  si longtemps. Je souhaiterais pouvoir t'apporter toutes les réponses ; toutefois, il existe certains mystères qui doivent le rester pour le bien et la sécurité de tous. J'ai confiance en elle, et le temps te permettra de comprendre mes paroles. Aujourd'hui, seule, notre foi dans les trois mondes guide nos pas et nos choix... et elle en fait partie.

Le jeune homme hocha la tête, silencieux. Il avait une confiance aveugle dans le vieux sorcier.

- Je suis désolé, mais c'était tellement inattendu ! Ne vous en faites pas, Ybagus, je ne vous décevrai pas déclara-t-il avec respect. Si elle a toute votre confiance, cela me suffit amplement.

Ce dernier, reconnaissant, posa une main sur son épaule qu'il pressa en signe d'affection, puis il  tendit lentement le bras gauche ; une masse sombre tournoya au-dessus des deux silhouettes. Un oiseau d’une couleur grise et de taille moyenne atterrit avec douceur  sur son poignet. Pendant la conversation, il était resté perché sur une branche à proximité de la rivière. Dans la nuit, son plumage prenait des reflets bleutés. Le sorcier le fixa du regard.

- Un long voyage vous attend, veille sur notre jeune ami, Cotillon.

L'oiseau  l’écoutait, le regard vif; il semblait comprendre ses paroles.

-  Alors, je rentre, Ybagus, fit le jeune homme. J'espère vous revoir bientôt.

-  Moi aussi. Soyez prudents !

-  N'ayez crainte, nous vous contacterons dès l'arrivée de Tarken.

Le jeune homme émit  un léger sifflement, et dans un bruissement d’ailes,  l'oiseau se posa sur l'épaule de son maître.

Après un dernier signe, ils s’éloignèrent et se fondirent dans la nuit. Songeur, Ybagus le suivit du regard : "ton père pourra être fier de toi", pensa-t-il.

D'un pas lent, il bifurqua vers la rivière qu'il traversa pour atteindre l'autre rive ; il continua son chemin. Le bas de sa soutane ainsi que ses chaussures étaient parfaitement secs, l'eau avait tout simplement glissé le long de la matière.  Il accéléra le pas et s'enfonça dans la forêt, se déplaçant à présent avec agilité entre les arbres. La nuit d'une couleur encre aurait empêché n’importe quel humain, démuni d'une torche, de traverser les lieux sans percuter un obstacle. Pourtant, Ybagus n'éprouvait aucune difficulté à se mouvoir dans l'obscurité. Au bout de dix minutes, il pénétra dans une grotte, la température avait baissé sensiblement, puis ses pas le menèrent au fond de la cavité devant une paroi. Alors, il leva la main munie de son  sceptre : une lueur blanchâtre rayonna à son extrémité. Ybagus le pencha  jusqu'à ce qu'il effleure la roche éclaboussée par cette lumière intense. Il commença à prononcer des paroles incompréhensibles, des phrases semblables à  une incantation ; finalement,  d'une voix  sépulcrale et puissante, il s'exclama :

- Par le pouvoir de Thoran,  ouvre le passage unique qui relie nos deux chemins ! A la croisée  des nuages de cendres, seule, la fleur des terres  rejoindra la frontière des trois mondes !

Le faisceau de lumière en haut du  sceptre commença à tournoyer, tout d'abord lentement, pour atteindre une vitesse virtigineuse, pendant quelques secondes. Un dernier rayon d'un bleu vif jaillit vers le plafond, nimbant la salle entière d'un halo bleuté, s'en suivit un courant d'air d'une extrême puissance qui dura le temps d'un souffle. Puis un silence, religieux, étrange, régna dans la grotte, plongée à présent dans le noir absolu, vide de tout occupant. Ybagus avait disparu !

Taillé dans la roche apparaissait un dessin : une fleur aux longues pétales ovales.

Le lendemain, Cynthia se réveilla très en retard, elle entendait sa mère pester dans la salle de bain.

-Dépêche-toi, tu vas rater ton bus. Qu'as-tu fait hier soir pour avoir autant de mal à te lever ? Je suis sûre que tu as encore écouté ton baladeur jusqu'à une heure avancée…

Cynthia marmonna des mots inintelligibles, le visage enfoui dans son oreiller. Elle entendit les pas de sa mère sur le parquet.

- Mais, regarde-moi cette chambre, je te prierai de la ranger une bonne fois pour toute ! Ton bureau… s'exclama-t-elle plus fort, mais ce n'est pas possible, comment peux-tu travailler dans de telles conditions ?La jeune fille plaqua une main sur son oreille droite pour atténuer les paroles de sa mère. Celle-ci semblait franchement énervée, et cela se confirma lorsque le drap vola dans un courant d'air ; le visage penché au-dessus de sa joue, elle asséna d'une voix excédée :

- Lève-toi ou tu te débrouilles pour te rendre au lycée ! Je te rappelle que ton bus pour ton excursion est à huit heures et demie.

Dans un effort surhumain, Cynthia posa un pied sur le sol en ouvrant  un œil. Enfin, la voix s'était éloignée vers la cuisine. Elle s'étira et posa le deuxième pied sur le parquet, finalement dans un soupir, elle s'assit sur le bord du lit. Les meubles semblaient tanguer devant ses yeux, certainement une conséquence de l'abus de cette nuit, comme écouter son lecteur MP3. Et, se lever à six heures trente du matin n'arrangeait pas son état comateux. Soudain, elle tendit l'oreille, sa mère revenait à l'attaque ; d'un bond elle se précipita hors du lit, quitta sa chambre et se précipita dans la salle de bain. Plus tard, douchée et son petit déjeuner pris sur le pouce, elle quitta le domicile. En un temps record, sa mère la déposa  en voiture devant le lycée.

- Amuse-toi bien ! Je passe te chercher vers dix neuf heures ?

- Tu n'as pas besoin de venir, le père de Benjamin me ramène.

- Très bien, alors pas de bêtises et ne te perd pas en forêt.

- Maman, grommela Cynthia, je te rappelle que j'ai presque seize ans et nous sommes encadrés par des professeurs.

Sa mère eut un petit sourire contrit

- D'accord ! Mais fais attention…

Elle observa sa fille descendre de la voiture, lui fit un petit signe et démarra rapidement. Sa mère était souvent pressée, elle travaillait dans une agence immobilière où sa fonction d'attachée commerciale consistait à louer des appartements. Ses parents avaient divorcé lorsqu'elle avait six ans. Elle voyait son père uniquement pendant les vacances d'été car il vivait dans le sud près de Montpellier. Curieusement, son absence ne lui manquait pas, ils se téléphonaient régulièrement et cela lui convenait.

Repérant Benjamin qui lui faisait signe, elle accéléra le pas pour le rejoindre.

- Tu as une sale tête, fit le jeune homme

- Je te remercie, rétorqua-t-elle aigrement. Si, hier soir,  tu ne m'avais pas inondé de SMS, je me serais endormie plus tôt.

- Oh ! Oh ! On est de mauvais poil ? Un petit voyage dans la nature va te requinquer ma grande.

Mme Baudin garait sa polo sur le parking. Et de sa démarche énergique, elle rejoignit ses élèves. Essayant de couvrir le brouhaha des voix , elle s'exclama :

- Je vais faire l'appel, un peu de silence s'il vous plait !

Monsieur Kiefer, professeur de SVT, participait également à l'excursion. Il arrivait, essoufflé, à la hauteur de Madame Baudin, tandis que chaque élève montait dans le bus dès l'appel de leur nom. A la fin, elle nota un seul absent.  Le chauffeur attendit le retardataire qui se fit copieusement siffler lorsque, hors d'haleine, il grimpa dans le car quelques minutes plus tard. Dans un joyeux chahut, le véhicule traversa la ville avant de rejoindre l'autoroute où il s'engouffra dans le flot de la circulation intense ; car les premiers vacanciers étrangers envahissaient les routes de l'hexagone, Cynthia s'assoupit tandis que Benjamin pianotait sur son téléphone portable. Le temps était agréable,  le soleil brillait dans un ciel sans nuage et l'ambiance entre lycéens s'avérait sympathique. Par conséquent, la journée s'annonçait sous les meilleurs auspices. L'excitation se calma peu à peu après une heure de trajet, laissant place à un léger bourdonnement de voix.

Posté par cylo à 17:29 - Chapitre 1 - L'excursion - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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